LE CAFÉ MATINAL AVEC ANAÏS LEPAGE AU CAFÉ LOMI

Historienne de l’art et commissaire d’exposition

Anaïs Lepage écrit sur l’art dans le magazine Branded ou encore Roven et collabore à l’organisation d’expositions en tant que commissaire.  Nous étions en relation par le biais d’Instagram puis sur Facebook alors que nous avions des amis communs dans le monde concret. C’est lors de l’exposition intitulée « ça ira mieux demain » organisée par Branded que nous avons été présentées pour la première fois en vrai par notre ami commun Leo Dorfner. Et comme toute première fois en dehors des réseaux, notre brève « entrevue » mondaine était marquée par cet étrange « déjà-vu » de derrière l’écran. Nous nous sommes rencontrées quelques jours plus tard, au Café Lomi, son deuxième bureau, afin de faire connaissance sans « émoticon », avec les voix, les intonations, les rires et les silences.
Nous avons abordé quelques questions liées à l’art contemporain en passant par des réflexions mystiques ou musicales. Rencontre avec une jeune femme radieuse et bienveillante pour qui l’art – à l’image de la vie – s’anime grâce aux énergies collaboratives.

Anaïs Lepage & Lia rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris
Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris au café Lomi / photographies de Shehan Hanwellage

Lia : Tu te définis comme commissaire d’exposition. Pour toi, quelle est la différence entre commissaire d’exposition et curateur ?

Anaïs : Il existe tout un débat autour de cette formulation. Le mot « curateur » est un anglicisme en écho à l’évolution de cette profession de manière indépendante vers l’idée d’auteur, en dehors de l’institution muséale. « Curator » en anglais sous-entend « prendre soin ». D’un autre côté, si le terme  « commissaire d’exposition » est assez disgracieux, c’est simplement l’expression française qui désigne la même profession. Je crois qu’au fond, le choix m’importe peu, mais l’idée de « prendre soin » est elle essentielle.

Lia : Pour ma part, je trouve l’appellation « commissaire d’exposition » très franco-française, un brin institutionnel, ça doit être mon côté Suisse (rires). D’ailleurs, selon Hans Ulrich Obrist le terme «commissaire» a quelque chose de rigide, d’autoritaire. Alors que la traduction de « curator » pourrait tout simplement être curateur. Pour lui le métier « consiste à relier des cultures, à rapprocher les éléments qui les constituent. Monter une exposition, c’est créer des relations, faire que des éléments se touchent”

Anaïs : Oulà, c’est dur de rebondir après une figure telle que Hans Ulrich Obrist ! En tout humilité, évidemment c’est le cœur du métier, c’est aussi créer un climat de confiance et de bienveillance au sein duquel des choses peuvent se produire. Rassembler et donner forme à des énergies, c’est très proche du travail de chef d’orchestre.

Lia : C’est un mot récent dans notre vocabulaire, on ne sait jamais s’il faut employer des guillemets !  (rires) Bref, tu as « curaté » plusieurs expositions déjà, et tu as notamment  participé à l’organisation de l’exposition Co-Workers au MAMVP. Cette exposition a été très attendue, elle marque un tournant dans l’approche que l’on a de l’art actuel, de sa diffusion via les Internets et de la scénographie d’une exposition. 

Anaïs: ll faut rendre à César ce qui appartient à César. (rires) J’ai eu la chance d’assister les commissaires de l’exposition Angeline Scherf, Toke Lykkeberg et Jessica Castex ainsi que le collectif DIS sur ce projet expérimental dans sa forme et dans ses modes de travail. Grâce à leur vision, l’exposition Co-Workers montre comment Internet engendre matériellement de nouveaux langages artistiques autour de la collaboration.

Lia : De plus en plus d’expositions tournent autour de questionnements liés aux représentations de la réalité et de l’immatérialité causées par l’internet. Re-matérialiser l’impalpable est devenu une nécessité artistique. Les réflexions autour de notre place dans le monde concret et dans l’espace virtuel sont omniprésentes. Et même les notions de vie et de mort ont été bouleversé, comme si nous étions dans une nouvelle ère mystique 2.0 voire 3.0.

Anaïs : Le rituel, le magique et l’ésotérisme sont des questionnements très contemporains à mon sens. Ils renvoient à une forme de spiritualité dénuée de tout sens religieux. Une pensée cosmologique du monde où innovations technologiques, savoirs scientifiques et théories philosophiques se mêlent aux signes, aux symboles, à une certaine mystique. Comme pour échapper à des certitudes très occidentales.

Lia : Pour revenir à l’idée de collaboration, tu travailles également avec d’autres commissaires d’expositions ?

Anaïs : Oui, avec Elsa Delage, ma partner in crime et collaboratrice, nous développons divers projets. Notre première exposition, Kalos Kaghatos, a eu lieu en décembre dernier Chez Kit à Pantin en collaboration avec Cyril Zarcone. Nous préparons actuellement une autre exposition pour le printemps. En parallèle, nous sommes en train de créer une agence dédiée à la prospection et la conception de projets curatoriaux avec Alma Saladin et Aurélie Vandewynckele qui gravitera entre New-York, Montréal, Mexico et Paris et sera lancée en février.

Lia : Lepage et Delage, vous étiez faites pour vous rencontrer !

Anaïs : Cela fait vraiment « Delage et Lepage sont dans un bateau… »  mais oui, c’était un peu le destin. Nous nous sommes ratées, il a quelques années lorsque nous habitions à Montréal et gravitions dans les mêmes cercles, pour finalement nous rencontrer à fin de nos études. Nous avions envie de collaborer ensemble depuis longtemps mais nous avons d’abord choisi de travailler au sein d’institutions en France et à l’étranger… Jusqu’à aujourd’hui.
D’ailleurs, nous aimons toutes les deux beaucoup le titre « Pour moi ça va » de France Lise sur Disco Sympathie de Vidal Benjamin, nous l’avons écouté en boucle lors de la préparation intensive de l’exposition Kalos Kagathos, en alternance avec tout Etienne Daho, Part Time… Nous nous retrouvons aussi là dessus et aimons créer des croisements entre art et musique : nous avons ainsi prolongé l’exposition Kalos Kagathos par une bande son de musique concrète et indus composée pour l’occasion.

Lia : « Pour moi ça va » avec l’exposition « ça ira mieux demain » de Branded où nous nous sommes rencontrées : tout va bien… En tout cas, le monde est petit !

Anaïs : Je crois beaucoup au collectif. À la nécessité de créer des dynamiques à plusieurs et d’imaginer d’autres modèles au niveau artistique. Les nouveaux « artists-run-space », à la fois lieux de production et d’exposition, qui émergent en ce moment à Paris et autour comme le -1, Rotolux, l’Atelier, W, Chez Kit, ou le DOC… offrent une alternative aux institutions.

Lia : « Artists-run-space » : encore un terme trop récent pour être traduit ! (rires) Il y a aussi Exo Exo, Rinomina, La Plage, Tonus, Palette Terre… En France, où l’art est très institutionnalisé, ces nouveaux espaces proposent une autre liberté artistique.

Anaïs : Ils offrent presque une troisième voie : gérés par les artistes pour les artistes, ce sont des espaces d’expérimentations et d’émulations incroyables.

Lia : Penses-tu qu’il puisse y avoir un avenir durable pour ces nouvelles initiatives ?

Anaïs : J’en suis convaincue, mais il faudrait que cela s’accompagne d’une volonté politique de, si ce n’est soutenir ces lieux, les laisser exister.

Lia : Sur Instagram, ton pseudo est « Puce Moment », c’est d’ailleurs via Instagram que nous avons été en contact pour la première fois. « Puce Moment », en référence à Kenneth Anger ? Un de mes films préférés !

Anaïs: Oui, c’est ça ! J’adore le cinéma expérimental des années 70 et particulièrement les films de Kenneth Anger. Son tout premier Puce Moment, est très surréaliste et contemplatif, complètement entêtant grâce à la musique de Jonathan Halper.

Lia : C’est un film que je peux regarder en boucle, comme un fond visuel et sonore ! (rires)

Anaïs : Il rend un brin obsessionnelle… Mais chut ! Ce divan me donne l’impression d’être chez le psy ! (rires)

Lia : Confidence pour confidence : Il vaut mieux en rire !

Anaïs Lepage & Lia Rochas-Pàris

 

Café Lomi 
3 Ter, rue Marcadet Paris 18eme

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