LE CAFÉ MATINAL AVEC ANASTASIA FINDERS

Artiste culinaire

Anastasia Finders est artiste culinaire, elle prend soin de rassembler tous les ingrédients qui rendent un repas convivial et délicieux : la disposition de la table, les fleurs, les serviettes en tissu, le vin et bien évidemment les mets qui nous ravissent les papilles !
C’est à l’occasion d’un dîner organisé par Audi Talents Awards autour de l’exposition « En attendant Mars » de Bertrand Dezoteux et dont Gaël Charbau était le commissaire d’exposition que j’ai eu le plaisir de découvrir les talents culinaires d’Anastasia.
Nous nous sommes retrouvées chez elle, dans un univers foisonnant d’images, d’amulettes et de fleurs où nous avons discuté de sa passion pour la cuisine, de son engagement écologique et du projet artistique Finders House à Amsterdam… Mais pas seulement ! Rencontre avec Anastasia Finders, une femme créative, généreuse et soucieuse de son environnement.

Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris Anastasia Finders, Lia Rochas-Paris
Anastasia Finders & Lia Rochas-Pàris / Photos de Shehan Hanwellage

Lia : Je suis curieuse de savoir comment devient-on artiste culinaire ?

Anastasia : On peut dire que je suis autodidacte, même si j’ai fait un passage à Saint Charles en Arts plastique. C’était très loin de chez moi ! (rires) Et j’ai trouvé un boulot dans un grand concept store sur les Champs Elysées, je m’occupais de l’espace jeunes créateurs. Ils m’ont repéré et m’ont mise dans la niche pour un temps plein. Donc j’ai laissé tombé la fac !

Lia : C’était une super opportunité !

Anastasia : Ma maman était artiste peintre et mon père photographe, quand ils étaient jeunes. Il doit y avoir quelque chose qui vient des gènes, je ne sais pas trop.

Lia : Être plongée dans le milieu dès le plus jeune âge, ça sensibilise forcément. Ta mère a arrêté de peindre ?

Anastasia : Oui, elle a décidé d’arrêter vers 27 ans. Elle a fait carrière dans l’art sans être artiste, elle a créé des grosses foires internationales et dirigé un grand bureau de PR. Aujourd’hui, elle s’occupe du développement de la fondation Luma. On a beaucoup travaillé ensemble, j’ai eu cette chance de pouvoir la suivre sur plusieurs projets comme Art Basel où on a vécu pendant 8 ans !

Lia : Génial ! Tu parles Schwitzer Dütsch?

Anastasia : Alors pas du tout ! J’étais dans une école française.

Lia : Et quel est ton lien avec Amsterdam ?

Anastasia : Mes parents y ont déménagé,  il y a quelques années, pour le travail de ma mère. Mon père est hollandais en fait et ma mère grecque. Elle travaillait pour le bureau architecte de Rem Koolhaas. Ils se sont dit au bout de trois ans qu’ils voulaient s’installer vraiment, avoir la maison de famille là bas. Du coup, on a trouvé une maison incroyable en plein centre du quartier artistique le Jordaan. On a un espace de réception avec une galerie et une petite cuisine. C’est le bureau de Offprint et de Luma Amsterdam.  C’est aussi un espace d’exposition où on organise régulièrement des diners autour d’une grande table  avec ma partenaire de crime Sonia Batovrina – c’est le Finders House ! Et mes parents viennent d’acheter la licence pour un bar d’échecs qui se trouvent juste en face. On va organiser des évènements entre les deux lieux, avec des tournois d’échecs, des lectures,des talks et déguster des plats, boire de la bière à 2euros…

Lia : Ça donne envie d’y aller ! C’est dans la Finders House que tu as commencé à cuisiner ?

Anastasia : À vrai dire, non, j’ai toujours aimé cuisiner ! Petite avec mon papa et plus tard pour mes amis, c’est une vraie passion. Pour moi la cuisine est un exutoire. Et un jour, j’ai décidé de faire de la cuisine à un autre niveau avec une autre vision. Quelque chose de plus créatif que ce que l’on peut voir aujourd’hui. Ce que j’aime c’est créer un univers tout autour de la façon de manger. Créer un moment !

Lia : Et tu es douée ! Je me souviens encore à la galerie Audi Talents Awards, j’étais bluffée de bout à bout par ton diner : toute la mise en place, le choix des fleurs… C’était charmant ! Et les plats étaient beaux et bons. On mangeait avec nos yeux et avec notre faim.

Anastasia : Oui, je cherche l’authentique, à retranscrire des choses simples et crééer quelque chose de profond. J’ai des clients qui me demandent d’aller plus loin mais c’est aussi passionnant. Par essence, j’aime bien l’idée de la simplicité de la cuisine de famille. Quelque chose de chaleureux où l’on se sente bien, comme à la maison. On vit un moment et ce qui est important pour moi, c’est que l’on s’en souvienne. Susciter le souvenir c’est important. Avec la cuisine on arrive à pénétrer les gens, c’est fort.

Lia : En effet, manger est un besoin vital mais aussi un rituel qui peut être partagé. Et le fait de partager rend le moment plus savoureux !

Anastasia : Oui, et ce n’est jamais pareil, chaque repas est unique. J’adore l’idée du changement : de cadre, d’aliments, de clients. C’est hyper intéressant de créer des choses différentes et d’aller toujours plus loin.

Lia : On peut dire que chaque repas est une alchimie. Tu ne travailles pas seule ?

Anastasia : La plupart du temps si, mais quand je dois préparer des repas pour plus de vingt personnes là, oui, j’emploie mes copines. Il y a peu, j’ai commencé une nouvelle collaboration avec Alexandre Arnal un chef qui est spécialisé  dans la cuisine Nipo/ camarguaise, c’est un ami d’enfance. Il a quitté son boulot de chef parce qu’il a envie de voyager un peu partout dans le monde. Notre première collaboration c’était pour le showroom de Margiela, ça m’a permis de reprendre souffle et de me concentrer sur l’aspect créatif de la conception de l’assiette, de la table, de créer l’harmonie. Parce que je suis autodidacte, son expérience m’aide beaucoup, je continue d’apprendre.

Lia : C’est beau de trouver une symbiose ! Ça fait seulement un an et demi que tu t’es lancée et tout s’est fait naturellement depuis ?

Anastasia : J’ai évolué avec un groupe d’amis qui font beaucoup de prod, évènements presses, créatifs etc. Et grâce à Gaël Charbau, j’arrive à faire des choses plus intenses qui me correspondent. Et il y a deux semaines, pour la marque VK LILI et Pandora Graessl, avec une amie, on a fait une expérience culinaire autour de la couleur. On avait fait une installation où l’on mangeait à même la nappe. Donc les aliments reposaient dans des contenants organiques, chaque chose était comestible avec une sauce, un jus ou une huile qui colorait la nappe. Le résultat était incroyable, nous avons fait une présentation presse le lendemain avec la table était devenue une pièce, nous sommes entrés dans un vrai rituel : les gens arrivaient et devaient poser leurs téléphones, enlever leurs chaussures, se laver les mains, le visages. Puis tout le monde s’asseyait au sol autour d’une table ronde… Et on a travaillé autour de la « color therapy » avec les variations de lumières et des fréquences sonores qui correspondaient à chaque plat. C’était une expérience puissante.

Lia : Ça devait être incroyable au niveau sensoriel, une alchimie totale !

Anastasia : Complètement ! Et le résultat visuel était super. C’était une première expérience avec des textures, des façons de coloriser avec les aliments, sans ajout de colorant artificiel…Je travaille toujours avec des produits de saisons, je fais très attention à mes producteurs, aux personnes qui m’entourent.

Lia : Tu organises des diners dans le milieu de l’art et de la mode aussi ?

Anastasia : Oui, à Venise pour les biennales de l’art et de l’architecture, dans des galeries mais également  pour des gros showrooms mode donc avec de grandes quantités : 100 personnes par jour – dans des contenants jetables – Et c’est très important que ces jetables soient biodégradables et que toutes ces personnes puissent comprendre la façon de trier avec une poubelle de compost. Et ça marche trop bien !

Lia : C’est super de sensibiliser la consommation de cette manière !

Anastasia : C’est un vrai plaisir de constater l’évolution des personnes par ce biais. L’écologie compte énormément pour moi. Je ne vais pas acheter des produits au Franprix, je ne veux pas empoisonner les personnes ! Heureusement, il existe de plus en plus de magasins qui travaillent en direct avec les producteurs, ça change tout !

Lia : Et ce n’est pas plus cher de manger sain, je crois qu’on se fait une fausse idée à ce niveau là. Si on apprend à consommer mieux avec de bons produits, on peut tout à fait s’y retrouver niveau budget. Faire des plats avec les restes etc.

Anastasia : Tout à fait, et ne manger de la viande de qualité qu’une fois par semaine. Pour bien choisir la viande, qu’elle soit sans antibiotique ou antidépresseur…

Lia : Carrément ! C’est flippant…

Anastasia : Oui, c’est pour mieux les manier. C’est dur de travailler avec cette conscience de consommation du monde actuel. En 2050 la population sera de 9 milliard de personnes, on ne sera plus capable de consommer de la même manière. Ce sera impossible de manger de la viande tous les jours ! J’ai vu un reportage incroyable ce matin sur une ferme d’insectes en Espagne : ils contiennent autant de protéines que la viande sans acides gras et saturés ! On pourrait se nourrir d’insectes ! C’est le futur ! Même s’il faut avoir l’estomac accroché quand on les voit ! (rires)

Lia : Ceci dit, il y a des peuples qui mangent des insectes !

Anastasia : Disons que les Occidentaux ne sont pas habitués !

Lia : C’est clair ! Il faudrait un temps d’adaptation. Quand on y pense, les crevettes, d’aspect c’est pas très appétissant.

Anastasia : Oh si, c’est moelleux, onctueux…

Lia : Peut-être que les insectes le sont aussi, à tester ! (rires) Il faut une éducation gustative.

Anastasia : J’ai l’impression que les enfants sont plus sensibilisés à l’école que nous l’étions par rapport aux déchets, à la consommation…

Lia : Je ne sais pas… Dans les pays nordiques, l’écologie a toujours existé, les composts, le tri… En France, c’est assez récent, il y a du boulot vraiment.

Anastasia : C’est pour ça que le rôle des ressourceries est primordiale, de pouvoir réutiliser des matières premières, des objets. Mais ce qui me fait très peur, c’est qu’avec la fabrication des produits d’aujourd’hui comparée aux produits d’antan. Quand on sait que les déchetteries sont pleines de meubles Ikea, en colle de bois, qu’est ce qu’on va pouvoir utiliser de ça ? Et le marché du textile : les colorants avec tous les perturbateurs endocriniens ! Des marques comme H&M, Go Sport, Camaieux etc. Ces produits polluent toutes les nappes phréatiques… Et même en Europe, les stations d’épurations n’ont pas les moyens de les traiter.

Lia : Donc, l’eau du robinet…

Anastasia : Je pense que d’ici peu nous devrons tous être équipés de filtres…

Lia : Et pourtant, il faut vivre avec sans tomber dans la paranoïa.

Anastasia : Oui, on ne peut pas changer le monde mais on peut le changer autour de soi. C’est important de le faire, de le dire. Il faut sortir de notre petit égocentrisme parisien !

Lia : Complètement, ça me fait pensé à un épisode de Girls, où un type disait « qu’à force d’égocentrisme on en oublie que nous sommes mortels » (formulation approximative), mais c’est l’idée. On pense être ouvert aux autres avec nos écrans comme des fenêtres sur le monde mais on a tendance à oublier l’essence de la vie dans ce qu’elle a de précieux.

Anastasia : La mort ne fait pas partie de la vie d’aujourd’hui, la mort on l’éloigne, on la fuit. De l’autre côté, il y a aussi de plus en plus d’initiatives pour « vivre ensemble », avec des fermes auto-gérées, le retour à l’artisanat…

Lia : Ce sont d’ailleurs des pulsions de vie que de vouloir ralentir, manger sain, revenir aux travaux manuels, à des valeurs simples.

Anastasia : Ça donne de l’espoir. Je crois en la vie !

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Anastasia Finders sur Instagram @anastasiafindersfood

Finders House

Merci à Margaux Barthélemy, Olivia De Smedt et Gaël Charbau ! Sans vous je n’aurai pas découvert Anastasia <3

One thought on “Anastasia Finders

  1. Très intéressant d’associer la cuisine à l’écologie et au visuel.
    Ça me fait penser à une tentative de rééducation culinaire des couches défavorisées de la société qui sont souvent en surpoids (le tableau derrière vous …) parce qu’ils mangent mal et pas cher. C’était un reportage qui montrait qu’on pouvait manger bien et pas chers. On les accompagnait pour leurs courses puis montrait comment cuisiner des légumes tout simplement. Et pas plus cher ….
    Pour rester dans le culinaire : attention au texte gratin de coquillettes.

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