LE CAFÉ MATINAL AVEC DAVID HERMAN AU CAFÉ DE LA POSTE

Directeur de Création

Collaborateur de Diane Pernet au sein du Festival de films de mode ASVOFF – A Shaded View On Fashion Film – Directeur de création chez Artdicted, David Herman a également investi les activités artistiques de nombreuses autres entités : un magazine (Standard), des griffes de vêtements (comme Tricolore) et une exposition en 2014 au Mondial de l’Automobile en lien avec la mode. David est l’homme que l’on croise aux évènements les plus pointus de la capitale. Directeur artistique ou directeur de la création sur divers projets allant de la mode à la musique en passant par l’art ou le design et même l’univers de l’automobile, David est à la fois passionné et passionnant. Quand quelque chose l’intéresse, rien ne lui échappe, d’un œil affuté, il arrive à capter la beauté là où nous ne verrions que banalité ou ringardise. David Herman apprécie l’excellence, le travail bien fait et les personnes talentueuses : un alchimiste dans la culture au sens large. Et même si on se connaît depuis quelques années maintenant, il demeure un mystère à bien des niveaux.

Nous nous sommes retrouvés au Café de la Poste dont l’intérieur à été conçu par Mathias Kiss, ami et collaborateur sur de nombreux projets. Nous avons débattu sur les qualités de l’artisanat, de la conceptualité de l’art actuel, des artistes en général, des liens entre les automobiles et la mode ou encore de Gérard Depardieu. Rencontre avec un homme complexe qui orchestre d’innombrables projets.

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David Herman & Lia Rochas-Pàris au Café de la Poste / Photographies de Shehan Hanwellage

Lia : Peux-tu me dire pourquoi tu as choisis ce café en particulier ?

David : Ce café est au carrefour de nombreuses de mes fréquentations amicales et professionnelles de cette période de ma vie. Il y a quelques années, cela aurait été plutôt une galerie ou une librairie d’art.

Lia : Café de la poste… Pour être en contact physiquement, faire passer des messages, c’est un nom approprié.

David : J’y éprouve une attache particulière du fait de son identité signée par l’artiste décorateur Mathias Kiss dont je suis sensible à l’univers et à la démarche. En parfait autodidacte, il a su faire évoluer son statut d’artisan-décorateur d’intérieur de tradition ensemblière à celui d’auteur s’exprimant à travers une large palette de compétences artistiques. Formé chez les Compagnons en qualité de Peintre-Vitrier, il jouit aujourd’hui à la fois de cet héritage d’Excellence en matière de savoir-faire et d’une vision contemporaine iconoclaste qui en déconstruit les codes et les règles. En découlent des réalisations de caractère se déclinant aussi bien sous la forme d’installations personnelles (la « Kiss Room », carte blanche au PAD), d’œuvres pour des collectionneurs (les Ciels, le Miroir Froissé…), de projets de collaborations artistiques, ou encore de créations et d’aménagements au service de Grandes Maisons.

Lia: Justement, après avoir été bafoué notamment par le milieu de l’art contemporain où le concept prédominait sur la technique, ne trouves-tu pas que l’artisanat retrouve depuis peu ses lettres de noblesses ?

David : Au-delà de l’image d’épinal de l’artisan dans son atelier avec ses valeurs et ses traditions, je pense surtout que le monde de l’art est en train de se décloisonner. N’est plus artiste uniquement celui qui a suivi un cursus artistique. La recherche actuelle de sens et d’authenticité dans l’art, la réaction face au monde virtualisé ou à la division excessive du travail revalorisent des pratiques manuelles jusqu’ici considérées comme des voies de garage. Mathias Kiss en est une parfaite illustration.

Lia : Tu es aussi un peu autodidacte dans tes domaines… Peux-tu me parler de ton parcours ? 

David : Je n’ai pas grandi dans un environnement culturellement stimulant. Alors j’ai poussé des études dans le management et les sciences sociales avec une spécialisation dans le tourisme. Je ne renie pas ce passé qui m’a permis d’appréhender les choses d’un point de vue tant théorique que pragmatique et de me créer mes outils d’analyse. Mais au sortir de mes études, j’avais une soif de culture que je n’ai pu assouvir qu’en m’immergeant dans le plus de champs artistiques possibles, souvent de manière gracieuse. J’ai voulu les décortiquer car j’avais l’intuition que j’aurais à composer avec eux ultérieurement. Il me fallait maîtriser leurs règles et leur fonctionnement pour des questions de sens et de pertinence dans mes futures activités.

Lia : Tu devais être sacrément confiant dans ce que tu entreprenais…

David : Oui, dès qu’un domaine me paraissait s’enfermer dans le dogmatisme ou la consanguinité, j’étais happé vers d’autres environnements plus bouillonnants, et au sein desquels j’ai tenté d’apporter l’expérience de mes réalisations antérieures. Le Festival ASVOFF de Diane Pernet que j’accompagne depuis sa création en 2008, incarne un peu la synthèse de ces passages dans la musique, le cinéma (à travers des festivals souvent) et bien sûr la mode, que ce soit à travers un media comme le magazine culture & mode Standard ou encore une griffe qui s’appelait Tricolore. J’y étais impliqué à la fois dans le développement économique, éditorial et artistique. Aujourd’hui j’organise beaucoup d’événements, à travers une agence comme Artdicted, avec un intérêt croissant pour les arts décoratifs. J’attends impatiemment le jour où je serai immergé dans la gastronomie.

Lia : D’ailleurs, quel est ton rôle spécifique chez Artdicted ? 

David : Il y a des termes rattachés au monde de la communication qui identifient mon rôle à celui de planeur stratégique mêlé de direction de création. Plus concrètement, c’est être une forme de chef d’orchestre qui crée les conditions idéales pour qu’une alchimie s’opère à tous les niveaux d’un projet artistique, entre le cadre, l’ambiance, le culinaire si c’est un événement, en fonction d’un univers que tu auras écris et un message que tu auras au maximum clarifié. Et cela me déprime ou anéanti mes inspirations si le projet est dépourvu de sens.

Lia : Je te comprends, c’est essentiel qu’un projet soit porteur de sens… Une question que je me pose souvent et à laquelle tu pourrais me répondre : quelle est la différence entre directeur artistique ou directeur de création ?

David : Un directeur de création est plutôt en amont d’un projet. Il décrypte, conceptualise, écrit l’angle et l’univers d’un projet. Il fait ensuite appel à un directeur artistique qui cadre avec cet univers pour la mise en forme que prendront physiquement ou visuellement les choses.

Lia : C’est drôle, j’aurais pensé l’inverse… Comme quoi… Merci pour la mise au point (rires)

David : Regarde ce que je lis en ce moment, j’étais même à la signature du livre ! (rires)

Lia : Tu m’étonneras toujours ! D’où te vient cet intérêt pour Depardieu ? 

David : On a tous un côté Depardieu, du fait d’avoir grandi un peu avec lui peut-être. Il incarne à la fois la culture française au sens noble du terme et le lien avec la culture populaire. C’est quelqu’un de sincère, porté par sa vraie nature, l’amenant à déraper régulièrement, mais je ne le vois pas comme du calcul ou de l’opportunisme, en tout cas, pas au sens cynique du terme. C’est davantage une forme de naïveté ou de survie. Et puis je trouve que son statut dépasse son métier, il est tellement emblématique, il aurait pu être une sorte de Roi de France ! (rires)

Lia : Un peu comme Fabrice Luchini ! (Rires)

David : Il aurait pu être son premier ministre.

Lia : Oh c’est beau ce que tu portes !

David : C’est Wanda Nylon avec qui je partage régulièrement des expériences de travail, la prochaine étant une installation au Printemps pendant la Fashion week homme. Ils ont un univers très fort, j’aime le fait que la marque soit totalement française mais s’exprime de manière décomplexée dans les codes qui rappellent les marques anglo-saxonnes. Il y a de la radicalité, quelque chose de frontal et de libérateur, mais toujours très sexy. Je pense que cela provient de la culture de sa directrice créative Johanna Senyk qui a côtoyé des gens comme JW Anderson ou Alexander McQueen avant de lancer sa marque.

Lia : Tu travailles sur divers projets, allant de la mode au cinéma, en passant par l’art contemporain. Tu as même travaillé sur une exposition dans un salon de l’automobile (rires !). Tu arrives à faire des ponts entre plusieurs disciplines tout en gardant une cohérence… Qu’est ce qui te stimule ? 

David : Je suis constamment à l’affût des points de convergences et divergences entre les milieux. Avec le temps, j’ai développé une forme de matrice qui me permet de comprendre rapidement par des raisonnements logiques des situations sans être expert d’un domaine. Cela m’amène souvent à appliquer les pratiques d’un domaine dans un autre. Il en découle, je l’espère, une certaine fraîcheur dans le résultat.

Lia : Quels sont les artistes/créateurs que tu aimes suivre ? 

David : Les artistes que je suis ou avec qui j’aime travailler sont en général hybrides, à la marge de leur milieu, et puis on y retrouve souvent des bases classiques projetées dans une démarche expérimentales. Évidemment, il y a l’artiste et décorateur Mathias Kiss qui est devenu un ami et avec lequel je partage des expériences de travail importantes sur le plan intellectuel. Dans la mode, en dehors de Wanda Nylon, j’ai beaucoup d’affection pour Manish Arora. L’artiste visuel Mathieu Massat est très présent dans de nombreuses de mes activités. Dans la musique, j’ai eu plaisir à travailler avec le pianiste improvisateur Pete Drungle, Christophe Chassol, la chanteuse et musicienne Alex June, les membres du groupe Air, Gaspar Claus, Colin Johnco.

Lia : D’ailleurs, Alex June et Manish Arora sont deux univers qui collent à la perfection !

David : Tout à fait…

Lia : Et en art contemporain, tes prédilections ?

David : Dans l’art, je suis Théo Mercier depuis toujours et je regrette la disparition de la galerie France Fiction. Et puis un peu grâce à toi Lia, j’ai découvert récemment Pierre Clément qui rejoint l’intérêt que j’éprouvais déjà pour des plateformes digitales comme Dis Magazine et leurs visions post-Internet.

Lia : Attention avec l’usage de ce terme, très controversé d’ailleurs ! (rires) En tout cas, tu ne t’arrêtes jamais !

David : Je deviens rapidement obsessionnel lorsqu’un sujet m’intéresse. Et puis, cette idée de rendre les choses possibles est certainement motrice. J’ai des sujets de réflexion personnels sociétaux ou plus philosophiques qui trouvent échos naturellement dans beaucoup de mes projets, cela me permet de me sentir impliqué, d’avoir mon mot à dire. Être lié à différentes activités en même temps permet aussi de s’évader quand l’une d’elle devient trop pesante.

 

Le Café de la Poste
124, rue de Turenne Paris 3eme

2 thoughts on “DAVID HERMAN
Café de la Poste

  1. C’est étrange de lire une interview en ne connaissant AUCUN des noms cités. MAIS… Les Correspondances, c’est ça qui rend les choses tellement vivante et l’on voit apparaître une logique galvanisante.
    Tout à fait d’accord avec ce David dit de Depardieu.

  2. C’est grâce à Axelle – que j’ai rencontrée aujourd’hui – que j’ai cherché à mieux connaître la personne de David Herman.
    C’est « rafraîchissant » en cette période de morosité ambiante d’entendre des propos optimistes sur la création.

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