LE CAFÉ MATINAL AVEC KARINA BISCH AU CAFÉ BEAUBOURG

Artiste plasticienne, Karina Bisch pourrait être la fille de Matisse et Delaunay. Des formes, des couleurs, des matières. Karina peint le monde en exacerbant certains détails jusqu’à en oublier leurs origines laissant ainsi libre court à l’imagination des regardeurs. Nous nous sommes retrouvées au Café Beaubourg où nous avons discuté  du processus créatif, des formes abstraites et omniprésentes, de la présence des œuvres dans une salle d’exposition jusqu’au dialogue qui en découle avec le public. Rencontre avec Karina Bisch, une artiste qui n’a pas peur de nous en mettre plein la vue.

Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris Karina Bisch, Comme un roman-photo, Lia Rochas-Paris

Lia : Dans le cadre de ton travail artistique, tu pratiques la peinture, le collage et la couture  ?

Karina : Mon travail est principalement de la peinture qui s’applique à de multiples supports : sculpture, textile, installation, performance, objet. J’ai commencé à montrer mon travail en 1998 ; il s’agissait alors de petits tableaux abstraits qui reprenaient les grilles et les motifs que l’on trouve sur les façades de bâtiments. La réalité et le quotidien ont toujours été mes points départ vers l’abstraction. C’est très important pour moi. Je pense que l’on n’invente plus de formes, on travaille à partir de, on joue avec, on manipule ce qui est déjà là pour construire autre chose.

Lia : On retrouve une certaine géométrie dans ton travail, une géométrie variable. Quand tu fais allusion au lien entre abstraction et réalité, on comprend qu’il s’agit d’une question de point de vue et de focus. Par exemple si on fait un zoom sur la façade de Beaubourg, on peut y voir quelque chose d’hyper abstrait si l’image est sortie du contexte.

Karina : Absolument, les formes abstraites sont partout. Je les vois partout. C’est par la grille, l’architecture, le design, que je me suis intéressée à la manière dont ces formes, issues directement des Avant-Gardes, sont parvenues jusqu’à nous et sont devenues des standards du monde d’aujourd’hui, et comment je pouvais travailler avec ces formes. Je veux rendre le projet moderne actuel, vivant et dynamique.

Lia : C’est vraiment passionnant, je ne m’étais jamais penchée sur ce rapport étroit entre l’abstraction et la réalité, le monde qui nous entoure.

Karina : C’est ce qui est important, justement. L’abstraction n’est pas décalée par rapport au réel, elle y participe, elle le construit. Je m’inscris complètement dans le projet moderne et c’est pour cela que je n’éprouve pas de nostalgie du passé.

Lia : Finalement, capter ces détails dans le contexte réel c’est une manière de vivre pleinement le présent… La première fois que j’ai découvert ton travail – en dehors d’Instagram – c’était dans la galerie de design Bouvier Le Ny. Tu exposais avec Nicolas Chardon, ton compagnon.

Karina : Oui, Jean-Baptiste et Pierre qui ont une galerie de design moderne (où ils présentent Perriand, Prouvé, Gascoin), nous ont proposé d’exposer nos tableaux en regard de leurs meubles et ainsi de mettre en scène un univers domestique, où le caractère décoratif de la peinture était complètement assumé. Ça fonctionnait très bien. Les formes sont tellement fortes qu’elles en deviennent intemporelles.

Lia : Tu n’hésites pas à dépasser la formalité d’une exposition. L’aspect ludique semble important dans ta démarche, je pense au carnet de coloriage par exemple.

Karina : Oui, j’aime me confronter à de nouveaux supports, comme le carnet de coloriage pour enfants Color Me ou le parapluie Karinascope par exemple : ce sont de nouvelles expériences et cela permet de diffuser le travail en le sortant du cadre de l’art et de toucher d’autres personnes. Tout le monde peut s’approprier ces formes, c’est un vocabulaire très simple.

Lia : Et pour les enfants, c’est un langage universel.

Karina : Oui, ce sont des ronds, des carrés, des étoiles, des cœurs. Ce sont les mêmes formes qui constituent mon vocabulaire, mon alphabet, dont je me sers pour préparer mes maquettes de travail pour les tableaux ou les projets textiles. Je découpe, j’assemble et je colle moi aussi ces formes élémentaires, en ayant toujours une pensée pour la beauté des papiers découpés de Matisse !

Lia : Tu pars du collage pour réaliser tes peintures ?

Karina : Pas tout le temps, mais très souvent, et c’était le cas pour les grands tableaux de ma dernière série Les Tableaux Vivants exposés au centre d’art de l’Onde à Vélizy. Il y a d’autres séries, comme Les Diagonales, plus programmatiques, où la grille moderniste, orthonormée, est déséquilibrée, jouée dans le biais et donc mise en péril. Le carré y devient losange. Nous sommes là plus du côté de Théo van Doesburg que de Mondrian. On danse avec les formes.

Lia : En parlant de danse, il y a eu cette exposition à la Galerie des Galeries qui questionnait la place du corps dans l’espace, du mouvement à travers les vêtements. Tu es partie de la figure de Colombine ?

Karina : Une Arlequine plutôt ! La figure d’Arlequin, avec son costume iconique de losanges colorés, que l’on retrouve dans mes tableaux Les Diagonales ou Pieter Motley, est un vrai standard de la peinture classique et je souhaitais lui donner un double féminin, que je voulais incarner. J’ai donc créé 6 costumes pour l’exposition, présentés sur des mannequins, qui étaient des spectateurs permanents, habitant physiquement l’exposition. Ils regardaient les tableaux et le décor peint, donnant un sens au regard et créant un trouble chez le visiteur. Je pense toujours qu’une exposition est comme une scène de théâtre où les spectateurs sont actifs.

Lia : On perçoit une forme de mise en scène dans ton travail. Tu offres une réelle interaction avec le spectateur. Pour revenir à ce que tu disais concernant le décoratif, il s’agit en effet d’un appel au sensible qui invite les émotions à se manifester – mettant ainsi de côté la cérébralité. Même si tu as une réelle démarche et une réflexion sur de ton travail, tu acceptes – ou devrais-je dire, tu laisses le public libre d’interprétation.

Karina : Oui, bien sûr. Je n’impose rien et encore moins une lecture autoritaire de mon travail. Le spectateur est libre et je l’inclus dans l’exposition, c’est très important. Sans spectateur, il n’y a pas de regard.

Lia : Et donc absence d’émotion.

Karina : Comme pour la musique, il faut des personnes pour écouter. Pour l’art, il faut des regardeurs. Il faut créer le contact et c’est vrai que l’aspect décoratif et coloré de mon travail me permet cela. Ce n’est pas péjoratif, c’est vital. J’ai même tendance à l’exacerber pour que cela soit très jouissif, très immersif.

Lia : C’est une générosité pure que d’assumer ce type d’approche. J’ai l’impression que nous nous abrogeons doucement de ce diktat de l’art conceptuel qui visait à mépriser ceux qui ne disposaient pas des outils de réflexions. Une manière de dominer intellectuellement les autres. Aujourd’hui, même un public éclairé accepte de vivre des émotions esthétiques. C’est bon signe.

Karina : Absolument, oui. C’est très important pour moi de créer des environnements dans lesquels les gens vivent la peinture. Il y a plusieurs niveaux de compréhension possibles mais tous sont bons.

Lia : Avec Nicolas, ton compagnon, vous avez lancé une maison d’édition : Connoisseurs. Et le titre du premier livre édité c’est Karina Bisch. Elle peint.

Karina : C’est un projet dont nous parlions depuis très longtemps et que nous avons concrétisé très récemment. Nous voulons parler de peinture, très largement, à travers des projets très singuliers liés au travail de certains artistes, que nous aimons et choisissons. C’est très subjectif. Pour ce livre, j’ai sollicité les graphistes Experimental Jetset, dont j’admire le travail, et que je connais depuis longtemps, qui ont fait une proposition très radicale et splendide.

Lia : Une super entrée en matière. Le contenu porte sur un entretien que tu avais fait il y a quelques années ?

Karina : Oui, avec Joana Neves qui est aussi une amie, historienne et commissaire et critique d’art, nous avions commencé un entretien en 2015, au moment de l’exposition Arlequine. Une forme de conversation libre autour de mon travail. D’où le titre Karina Bisch. Elle peint. Une manière de montrer que c’est bien la peinture qui est le principe actif de mon travail, sur tous les supports.

Lia : J’aime beaucoup ce titre, c’est basique.

Karina : C’est assez frontal. Et vrai !

Lia : C’est bien d’aller droit au but ! (rires)

Karina : Il fallait être efficace. On voulait que ce premier livre soit très fort pour lancer la maison d’édition et lui offrir une certaine visibilité. En 2018, nous avons programmé de publier 3 livres : un livre de Nicolas Chardon, un livre d’un jeune artiste qui s’appelle Julien Monnerie et sûrement un recueil de poèmes de Clément Rodziekski.

Retrouvez Karina Bisch sur Instagram @karinabisch

Café Beaubourg
43 Rue Saint-Merri
Paris 4
Accueil et service impeccable ! Merci à toute l’équipe

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