LE CAFÉ MATINAL AVEC MARIE MADEC

Sans Titre 2016

Inauguré en 2016 par Marie Madec, l’espace « Sans Titre 2016 » présente des expositions dans un appartement. L’objectif de « Sans Titre 2016 » est de contextualiser les œuvres dans un espace domestique afin de rendre l’approche de l’art plus accessible. À chaque nouvelle exposition, Marie transforme l’espace afin de créer la surprise. Actuellement, l’exposition « Nothing To Hide », nous plonge dans l’érotisme et ses multiples facettes à travers des œuvres de Julie Beaufils, Yoko Ono, Romain Vicari, Julia Colavita, Aurel Schmidt, Sasha Ross, Bianca Bondi, Robert Brambora, Francis Picabia… L’immersion est totale ! Rencontre avec Marie Madec, une femme de caractère qui n’hésite pas à faire bouger le monde l’art autour d’elle.

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Marie Madec & Lia Rochas-Pàris chez Sans titre 2016 / Photos Shehan Hanwellage & Laura Ammar

Lia : Pourquoi avoir choisi « Sans titre 2016 » comme titre de ton projet ?

Marie : Tout simplement, parce que le projet a commencé en 2016. Quand j’ai imaginé le projet, j’ai mis beaucoup de temps à trouver un titre. Tout le projet était monté, le concept aussi, sauf le titre. Il y a eu des soirées entières de brainstorming avec des amis pour chercher le titre. Et un jour, je ne sais plus qui l’a dit et « Sans titre » a surgit. Ça tombait sous le sens, d’une part parce que ne trouvant pas de titre, appeler le projet « Sans titre » était assez drôle, et d’autre part parce que « Sans titre » pour moi désignait quelque chose de difficile à qualifier. J’ai l’impression que souvent les tableaux « sans titre » sont des tableaux assez complexes. Et à « Sans titre 2016 », on mélange un peu ces idées d’art contemporain, de domesticité, de design aussi.

Lia : Le titre « Sans titre » permet une interprétation plus libre des œuvres. Et de nommer un espace « Sans titre 2016 » est vraiment pertinent. Aujourd’hui en 2017, on est un peu perdu. On se demande s’il ne manque pas « une mise à jour », et le fait de se questionner là-dessus, permet de mieux retenir le titre. Bien joué !

Marie : Je me dis toujours que jusqu’en 2019, les gens vont trouver ça un peu étonnant, puis après, ça paraîtra complètement évident ! Après, je ne sais pas si « Sans titre 2016 » sera encore là, mais c’est un peu mon fantasme. Dans les vieilles maisons de maroquinerie, il y a toujours cette annotation « Established since 1782 »… C’est génial.

Lia : « Sans titre 2016 », c’est un espace d’exposition en appartement, mais tu n’y vis pas ?

Marie : Alors, pour le moment, je n’y ai pas encore vécu… Mais je vais m’y installer à la fin de cette exposition-là. C’est pour ça aussi que le concept de « Sans titre 2016 » va être amené à changer un peu. À l’origine, « Sans titre » était déjà une manière d’introduire l’art contemporain dans un espace domestique. J’ai été lassée par le White Cube où quand tu arrives, tu vois à peine la galeriste cachée derrière son Macbook Pro qui fait dix fois la taille de sa tête et elle te tend un papier sur lequel tu as Barthes et Baudrillard qui sont cités dix fois quand elle-même ne les a pas lu. Et quand tu vois les œuvres, tu ne comprends même pas le lien avec le texte. Je me suis demandée pourquoi ne pas contextualiser les œuvres dans un espace accessible pour le quidam. J’ai envie de donner au spectateur une autre approche des œuvres. Je prends le temps de recevoir avec Lucie Sotty qui m’assiste. Une visite chez moi dure entre 30 et 45 minutes. On prend notre temps.

Lia : Le côté « artist run space » rend l’approche plus humaine et moins intimidante que dans une galerie. Une manière de rendre accessible l’art contemporain sans pour autant tomber dans le pur décoratif. En vivant dans cet appartement, « Sans titre » va prendre une autre dimension ?

Marie : Ça va devenir un espace dont je confirai les pièces à des artistes de manière plus spontanée, moins sur le format d’une exposition sur la longueur. Et « Sans titre 2016 » va également devenir nomade, parce que j’ambitionne que « Sans titre » devienne un espace virtuel qui s’installe à la manière d’un pop up dans différentes villes, dans différents lieux… Je prépare quelque chose justement à Londres.

Lia : Toujours dans un appartement ?

Marie : Pas dans un appartement, mais dans un lieu vraiment atypique. Je n’en dis pas plus pour garder l’effet de surprise.

Lia : Je comprends.

Marie : J’essaye de créer à chaque nouvelle exposition… Je refais l’espace pour créer cet effet de surprise.

Lia : À côté de « Sans titre 2016 », tu es également curatrice sur d’autres projets ?

Marie : Oui, avec des marques, des établissements, des institutions. Par exemple, j’ai fait une galerie de noël pour le magazine Jalouse en décembre. Et là, je travaille sur un projet de mécénat et de résidence avec Nike.

Lia : Nike s’ouvre à l’art contemporain ?

Marie : C’est mon objectif ! On a monté le projet il y a une dizaine de jours dans leurs locaux rue Auguste Barbier. J’ai initié un programme de résidence où l’artiste Robert Brambora va venir s’installer durant un mois. Avec Maxime Bousquet, qui est architecte et qui a fait la scéno de « Sans titre », on a créé un studio éphémère dans les locaux de Nike. Le studio est composé de tarpaulin, de murs de Placo, de structures en mousse polyuréthane. L’artiste va investir ce studio éphémère durant un mois et il invitera une dizaine d’artistes qui vont venir échanger, travailler, produire à 4 mains… Et tout le produit de cette résidence va être exposé en mai dans un espace inédit à Paris, le temps d’un week-end.

Lia : C’est bien que ce type de marques prenne le risque de présenter des artistes émergents.

Marie : Complètement ! L’intérêt des marques pour l’art contemporain ne date pas d’hier. On le voit bien déjà avec la fondation Louis Vuitton ou la collaboration de Nike avec Tom Sachs. Mais ce qu’il y a de nouveau, c’est ce soutien pour de jeunes artistes. Robert Brambora est un jeune artiste et tous les artistes qu’il a invités ont entre 20 et 35 ans. C’est intéressant de voir les marques soutenir cette jeune génération. Et peut-être que dans quinze ans, ces artistes seront des stars et la marque sera perçue comme précurseur

Lia : C’est juste ! Et ça permet de sortir des circuits habituels de l’art contemporain.

Marie : Complètement, et c’est dans l’air du temps. Aujourd’hui, à Paris, il y a des dizaines d’artistes « run space » qu’on n’avait pas vus depuis trente ans. On a une jeune génération d’artistes français qui explosent à l’international. Je pense à Neil Beloufa,  à Camille Henrot, Jean-Marie Appriou… La mondialisation est telle que le monde de l’art bouge aussi forcément.

Lia : La notion de frontière est différente grâce à internet. Et le fait que des marques investissent dans le milieu de l’art me semble plus accepté qu’il y a encore quelques années, non ?

Marie : Il y a encore du travail autour de ça, mais on y arrive.

Lia : Le changement prend toujours un certain temps mais ce n’est que bénéfique.

Marie : Moi je suis très optimiste !

Lia : Il le faut, surtout quand on s’investit sur des projets personnels… Autrement, on n’avancerai pas.

Marie : Sinon, on ne se lèverait pas le matin !

Lia : Tu présentes aussi des multiples d’artistes ?

Marie : Oui, on présente trois t-shirts avec Lisa Signorini et une carte postale avec Julie Beaufils qui a été éditée à 100 exemplaires… C’est une des meilleures artistes de sa génération, et grâce au format de la carte postale, on peut se procurer une œuvre de Julie très facilement. Les fois précédentes, on avait collaboré avec une maison d’édition qui s’appelle l’Empyrée pour éditer des classiques dont on faisait réaliser la couverture par un jeune artiste. Sans Titre 2016a également édité un poster avec Pierre-Ange Carlotti, un booklet avec le Rapin…À l’occasion du finissage, les 13 et 14 mai on lance les « Editions Sans titre (2016) avec la publication de notre premier livre, par Orfeo Tagiuri.

Lia : Elle est super la carte postale de Julie Beaufils. Ce petit bonhomme a trouvé une bonne place !

Marie : Oui ! Ça me fait penser à cette scène du film de Pedro Almodovar « Parle avec Elle » où un monsieur a été rétrécit et rentre dans le vagin de sa femme où il finit par se noyer et mourir.

Lia : Alors là, je ne m’en souviens absolument pas… Il faut que je le revois absolument. Justement, pour cette exposition tournée vers l’érotisme, comment as-tu choisi les œuvres ?

Marie : En m’intéressant à cette thématique de l’érotisme. J’ai toujours aimé les œuvres érotiques. Mon père lui-même était collectionneur. J’ai grandi avec des nus, des paires de seins etc. Je n’ai pas vraiment de pudeur par rapport aux corps… Et en faisant mes recherches, je me suis rendue compte que le thème du sexe revenait de manière récurrente chez les jeunes femmes artistes. Je me suis questionnée sur ce changement. Pourquoi l’érotisme et la sexualité qui étaient des sujets menés par des hommes, se retrouvent désormais réappropriés par des femmes. Cet intérêt pour le sexe, on le retrouve notamment chez les très jeunes artistes. Dans les années 80/90, il y a eu une espèce de « désensuelisation » de la sexualité. La sexualité était envisagée d’un point de vue pornographique par Jeff Koons ou d’un point de vue documentaire par Nan Goldin, Larry Clark… J’ai l’impression que ces dernières années, justement grâce à cette influence d’un monde internet, d’une espèce de virtualité et de la peur d’une sexualité hyper accessible, les artistes ont eu envie de réenchanter la sexualité, de manière onirique et même humoristique. Et on le ressent au sein de cette exposition. On y voit une inquiétante étrangeté – pour reprendre les termes freudiens – un décalage.

Lia : L’exposition Nothing to Hide regroupe aussi bien des artistes confirmés, comme Yoko Ono, Aurel Schnmidt ou même Francis Picabia, mais aussi des artistes émergents, des artistes femmes et des artistes hommes. C’est un bel équilibre.

Marie : Je ne voulais pas faire une exposition de New-yorkaises qui se laissent pousser des poils sous les bras ! (rires) Il était hors de question de faire une exposition qu’avec des femmes. Pour moi, le féminisme ce n’est pas qu’une affaire de femmes… C’est aussi une affaire d’hommes.

Lia : Donc, d’une certaine manière, tu associes l’érotisme au féminisme ?

Marie : Je n’ai pas envie d’être dans une revendication féministe. Je ne me sentirais pas légitime. Je n’ai jamais souffert du fait d’être une femme. En revanche, je pense qu’il y a une volonté de montrer des choses qu’on ne montre pas vraiment, encore en 2017, comme le plaisir des femmes, le sexe des femmes en tant qu’objet de désir.

Lia : Et dès le 21 avril, le Studio Marant présente l’exposition Undertone chez « Sans titre » ?

Marie : Oui, dans le project room, c’est un peu une pièce secrète que je confie au gré de collaborations et d’opportunités. Et Emily Marant va prendre la main sur cet espace en mettant une sélection autour de l’érotisme. Elle va créé une sorte de boudoir presque sadien, parce que cette pièce à un côté un peu cachot. Ça va être cool !

 

SANS TITRE (2016),
VOL. 3: NOTHING TO HIDE
Exposition du 31 mars au 14 mai 2017

Avec les travaux de: Julie Beaufils, Bianca Bondi, Robert Brambora, Jeanne Briand, Xinyi Cheng, Julia Colavita, Louisa Gagliardi, Jane Hayes Greenwood, Celia Hempton, Alba Hodsoll, Maximilian Kirmse, Kiki Kogelnik, Lucile Littot, Indigo Lewin, Tammo Lünemann, Caroline Mesquita, Pierre Molinier, Yoko Ono, Francis Picabia, Tanja Ritterbex, Sasha Ross, Romain Sarrot, Agnes Scherer, Aurel Schmidt, Lisa Signorini, Lise Stoufflet, Orfeo Tagiuri, Romain Vicari.

STUDIO MARANT présente UNDERTONE
Project room de SANS TITRE 2016
à partir du 22 avril

Marie Madec   Sans titre 2016
Marie Madec, Lia Rochas-Paris Sans titre 2016 Sans titre 2016 Sans titre 2016 Sans titre 2016
Merci à Emily Marant (Studio Marant) pour avoir provoqué cette rencontre.

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