RENCONTRE AVEC MARTENA DUSS AU CAFÉ KITSUNÉ

D’origine Suisse-allemande, Martena Duss a fait des études de 3D à l’école des Beaux Arts de Gant en Belgique. Après l’obtention de son diplôme, une envie de changement l’a poussée à venir s’installer à Paris. Depuis, elle a réalisé mille et un projets, aussi il serait réducteur de la décrire en quelques mots. Rencontre avec une femme indépendante aux multiples talents autour de ce café matinal au café Kitsuné.

Martena Duss & Lia Rochas-Pàris au café Kitsuné / Photos: Shehan Hanwellage

Martena Duss / Lia Rochas-Pàris @cafékistuné / Photos: Shehan Hanwellage

Shehan Hanwellage

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Martena Duss & Lia Rochas-Pàris au café Kitsuné / Crédits photos: Shehan Hanwellage

Lia Nous nous sommes rencontrées il y a dix ans – déjà -, tu étais venue chez mes parents, pour une première étape dans ta vie parisienne. Je me souviens encore de ton arrivée. Ma mère avait ouvert la porte, tu étais là, rayonnante et pleine d’enthousiasme. Ta soeur t’avait accompagnée. La rencontre était comme une évidence, en toute simplicité.

Martena: Oui, exactement. Je me souviens, j’avais pris la ligne 5, pleine d’émotions, de larmes et hop, j’arrivais dans ta famille. C’était une introduction à la vie parisienne toute en douceur, je pouvais parler en Suisse-allemand avec ta mère et toi, et partager mes impressions avec ta mère qui avait elle même quitté notre Suisse natale pour s’installer à Paris.

Lia : La transition devait être intense. Comment as-tu géré tes émotions ?

Martena: J’avais 21 ans, une boule au ventre, des appréhensions. Tu étais la première parisienne que j’ai rencontré, en quelque sorte, un premier repère. Il y avait quelque chose de rassurant. Et très vite, je me suis faite au rythme de la ville ! J’ai suivie des cours de maquillage dans une école et quelques temps après, je devenais maquilleuse dans la mode.

Lia : Je me souviendrais toujours, en 2009, après un défilé de Castelbajac au Louvre, nous avions prit un café au Nemours. Tu m’avais fait part de ton idée de concept « café couture ». Un lieu où l’on pourrait boire son café, louer une machine à coudre sur place et même prendre des cours de couture. Le Sweat Shop est né quelques mois après.

Martena: Oui ! Je suis assez active, pour ne pas dire hyper active même. Toujours à faire plusieurs choses en même temps. En tant que maquilleuse indépendante, je disposais de temps libre à côté. Le concept du Sweat Shop est arrivé comme ça, spontanément. L’idée de départ n’était pas figée mais bien là. Et une opportunité s’est présentée; il y avait un local vide à louer à une rue de chez moi, avec un beau potentiel. J’avais l’énergie et du temps pour mener ce projet à bien. Tout est allé très vite.
Finalement l’idée de loisir est devenue professionnelle. Je n’avais pas la notion de rentabilité, le business plan était un peu naïf, j’avais la sécurité financière par mon autre activité, le maquillage alors, au départ j’avais tout misé sur la création. Un projet un peu punk ! Et sans doute est-ce l’une des raisons pour lesquelles le projet a fonctionné dès le départ, le public a senti cette spontanéité. On a eu beaucoup de presse et au fur à mesure, c’est devenu plus professionnel, plus réfléchis. L’aventure a duré deux années merveilleuses et pleine d’énergies.

Lia: Le Sweat Shop était comme une boule de neige ou une pelote de laine !

Martena: Oui complètement. J’ai vraiment l’impression que ma vie parisienne était à son apogée, on était dans le quartier du Canal Saint Martin qui n’était pas aussi bobo que maintenant ; les gens allaient et venaient, nos événements étaient toujours accueillis avec succès.

Lia: Le projet était vraiment innovant. Et d’autres portes se sont ouvertes à la suite…

Martena: Tout à fait. Nous avions réalisé un livre autour du projet, nous avions organisé des workshops, à Paris et à Londres. Puis on m’a demandé de « curater » l’exposition « House of 100 Hands » au Brakke Grond à Amsterdam, avec des artistes et créateurs. Peu de temps après je m’occupais de la direction créative, d’identité graphique d’autres projets et concepts, notamment au Wanderlust à Paris.

Lia: Le point commun dans toutes tes activités pourrait être ce qu’on appelle en Suisse-allemand « Baschtle » (trad. Sorte de bricolage, loisir, activité ludique). Ce que nous faisons depuis l’enfance mais qui prend une autre ampleur avec le temps.

Martena: Oui, j’aime les activité manuelles, le savoir faire, le craft. En temps que maquilleuse d’ailleurs, je travaille à la main, je décore des visages.

Lia: As-tu l’impression qu’aujourd’hui en tant qu’indépendant(e)s, nous sommes voué(e)s à toucher à tout ?

Martena: C’est l’avantage et le désavantage d’être indépendant. Tout est possible et rien n’est possible. On fait beaucoup de compromis sans faire forcément des choix. Ce n’est pas évident d’être multidisciplinaire, d’expliquer ce que l’on fait. Après je ne pense pas qu’il soit nécessaire de toujours expliquer, mais surtout d’avancer. On est un peu dans la même situation (rire).

Lia: Je vois p-a-r-f-a-i-t-e-m-e-n-t ! Quand on ne rentre pas dans des cases on devient vite « incasable ».

Martena: Mon fil rouge c’est de créer un univers, de raconter une histoire. Et on peut justement le faire avec plusieurs moyens, c’est stimulant.

Lia: Peux tu me parler de ton dernier projet ? Un livre pour enfants avec des astuces, des recettes. On revient à la notion de « Baschtle ».

Martena : J’avais commencé ce projet quand mon frère m’a annoncé que je serai tante. Une envie de transmettre à mon neveu ce qui m’a rendu heureuse durant mon enfance : fabriquer des choses avec les mains. Et précisemment notre génération a un peu perdu ce contact avec les objets.

Lia: Le tactile est devenu associé à des écrans numériques…

Martena: Oui, et c’est pourquoi il me semble important de revenir au concret, au palpable. Alors j’ai commencé à me souvenir, à écrire, à dessiner et je suis moi même tombée enceinte. Ce projet m’a suivi durant ma grossesse et même quand Harper, ma fille, est née, j’ai peaufiné, continué. Alors, le petit présent initialement destiné à mon neveu a prit une autre ampleur. C’est devenu un don pour la nouvelle génération à venir sous forme de livre !

Lia: Et même pour les adultes qui voudraient retrouver une part d’enfance…

Het Grote Receptenboek Tegen Verveling (Le Grand Livre contre L’Ennui). Version néerlandais sortie chez Manteau/ WPG le 15 octobre en Belgique et au Pays-Bas.

Martena Duss sur Instagram

Lia Rochas-Pàris sur Instagram

Café Kitsuné sur Instagram
109, rue Amelot 75011 PARIS
T: +33 1 58 30 12 36

Le dernier café Kitsuné avoisinant la boutique est un espace épuré, lumineux. L’équipe est très agréable pour un réveil en douceur, et forcément, le café est bon ^^

 

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