LE CAFÉ MATINAL AVEC OLIVIER MOSSET AU VOLTIGEUR

Artiste Suisse vivant en Arizona, Olivier Mosset est une figure majeure de l’art abstrait et minimaliste ainsi qu’un biker avéré. La première fois que nous nous sommes rencontrés c’était à l’occasion de son exposition-collaborations avec – entre autres – Bertrand Lavier, Mai-Thu Perret, Marie-Agnès gillot mais aussi Jeffrey Schad & Vincent Szarek avec qui Mosset a customisé la fameuse Chevrolet Bel Air de 1965 qui trônait dans la cour du Centre Culturel Suisse. De passage à Paris à l’occasion de la Fiac, nous nous sommes retrouvés autour d’un café au Voltigeur en face du CCS où nous avons discuté de la Chevrolet, de son statut d’œuvre, de l’avant-garde dans l’art et de l’art en tant qu’avant-garde. Il a aussi chanté le refrain d’un morceau de Country Music. Rencontre avec Olivier Mosset, un monument de la scène artistique internationale qui n’hésite pas de dire les choses telles qu’elles sont.

olivier Mosset
Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris Olivier Mosset, Lia Rochas-Paris
Olivier Mosset & Lia Rochas-Pàris au café Le Voltigeur / Photos. Shehan Hanwellage

Lia : Et si pour démarrer notre conversation on parlait de la fameuse Chevrolet que vous aviez ramenée des États-Unis pour l’exposition au Centre Culturel Suisse ? Si je me souviens bien, c’était toute une histoire…

Olivier :  Oui, j’ai dû aller chercher la Chevrolet Bel Air de 1965 près de la place Vendôme. Et là, des flics m’ont arrêté place de la Concorde mais j’avais pas les papiers de la voiture. Je leur ai donné mon permis d’Arizona. Je crois surtout que les flics voulaient voir la voiture de plus près.

Lia : Et finalement, après quelques autres péripéties, la Chevrolet est arrivée dans la cour du CCS le temps de l’exposition autour de collaborations multiples.

Olivier :  Tout à fait, la Chevrolet, on l’a customisée avec des amis, Jeffrey Schad et Vincent Szarek.

Lia : Une pièce maîtresse de cette exposition. Ce n’était pas la première fois que vous customisiez un engin ?

Olivier : Au départ, l’art et la moto étaient deux mondes séparés. Je me suis toujours intéressé à la moto.

Lia : Et vous avez fusionné les deux ! D’ailleurs, c’est un peu comme ça que l’on vous perçoit : un artiste et un biker.

Olivier : (rires) Un jour, Szarek m’a dit avoir peint la moto de Schad que je ne connaissais pas encore. Et je me suis dit que ce serait bien de le faire sur ma moto, avec laquelle j’ai traversé les États-Unis. Et après, Jeffrey l’a customisée et Vinz l’a peinte. D’ailleurs, elle a été exposée à Basel Miami et a été vendue à Bernard Picasso. Et je me suis dit que ce serait bien de le faire avec une voiture. C’est comme ça que la Chevrolet s’est retrouvée dans l’exposition. Elle a été ensuite exposée au Consortium en Bourgogne. Pour ensuite vendue à un Américain. Et voilà l’histoire de la Chevrolet.

Lia : Elle en a fait des trajets cette voiture !

Olivier : Pour des histoires de douanes, ici, elle est devenue une œuvre d’art. Par contre, de retour aux États-Unis, elle est redevenue une voiture.

Lia : L’ambiguïté entre le statut d’objet et le statut d’œuvre d’art de cette Chevrolet est un sujet très Duchampien (rires). D’ailleurs, avez-vous fait un tour à la Fiac ? Qu’en avez-vous pensé ?

Olivier : Ça me dépasse. Je n’y comprends plus rien. Sinon, j’ai vu une pièce à moi sur un stand de design. D’ailleurs, j’ai dû écrire un texte pour la Kunsthalle de Berne et je me suis dit qu’avant, dans l’art, il y avait une avant-garde.  Aujourd’hui, il n’y a plus d’avant-garde dans l’art. Par contre, ma théorie, c’est que l’art est devenu l’avant-garde. Il y a une industrie culturelle. Si on dit que quelque chose est de l’art, alors c’est de l’avant-garde.

Lia : Si je comprends bien, la notion d’avant-garde serait devenu la définition même de l’art ?

Olivier :  Oui, quelque chose comme ça. En fait, si on dit que c’est de l’art, alors c’est de l’avant-garde. Mais si la mode devient de l’art, alors la mode c’est de l’avant-garde.

Lia : Question de sémantique.

Olivier : Voilà, c’est ça. Pour moi qui suis vieux, les choses ont changé. À l’époque, les monochromes étaient perçus comme des formes artistiques radicales. Aujourd’hui, les gens savent que ça existe.

Lia : Peut-être qu’avant, il y avait des prises de positions et des prises de risques qu’il n’y a plus lieu de prendre aujourd’hui ? L’idée plane que tout a été fait…

Olivier :  Moi, je ne conseille pas aux gens de devenir artistes.

Lia : Je comprends. Mon père qui était artiste m’en a dissuadée.

Olivier :  Il y a cette chanson américaine « Don’t let your babies grow up to be cowboys,
don’t let ’em pick guitars or drive them old trucks, let ’em be doctors and lawyers and such » (rires)

Lia : Voilà ! Parfois, j’aimerais faire de la serrurerie. L’idée d’ouvrir des portes, j’aime ça.

Olivier :  C’est pratique ! (rires) Et si vous décidez que c’est de l’art alors c’est de l’art.

Lia : Donc de l’avant-garde ? (rires)

Lia Rochas, Olivier MossetLia Rochas, Olivier MossetLia Rochas, Olivier Mosset
À la librairie du Centre Culturel Suisse

Olivier :  En fait, le problème c’est que ce sont les autres qui décident. À la fois c’est pas mal, l’idée de sortir du système, de pouvoir tout faire. Le seul truc, c’est qu’on a le sentiment que pour que les choses marchent, ça dépend des contacts que l’on a, des gens que l’on croise.

Lia : Tout reposerait sur des concours de circonstances ? (en plus du travail bien sûr)

Olivier :  Oui, et savoir faire des efforts pour rencontrer les gens qu’il faut. Il y a un système en place qu’il faut essayer de comprendre. Avant, il y avait une dialectique. Un jour, j’avais rencontré Dali. Il était venu à mon vernissage et m’a proposé d’aller le voir un autre jour à l’hôtel Meurice où il logeait. Il m’a reçu et m’a dit : « Je sais que je ne suis pas un bon peintre parce que je suis trop intelligent pour faire de la peinture ». (rires)

Lia : Génial !

Olivier : Dali, il était très généreux et au courant de tout. Contrairement à Duchamp, que j’avais rencontré au musée d’Art moderne, lui, il n’avait pas envie de parler.

Lia : Duchamp n’était pas un bavard alors ?

Olivier : Non…

Olivier Mosset
Olivier MossetOlivier Mosset, Lia Rochas
Librairie du Centre Culturel Suisse

32, rue des Francs Bourgeois 75003 Paris

Café Le voltigeur (en face du Centre Culturel Suisse)

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