LE CAFÉ MATINAL AVEC PAUL ROUSTEAU CHEZ SMORGAS

Photographe

Comme l’indique son projet de livre « Paul Rousteau prend des photos ». Paul nous offre une vision édulcorée et enveloppante de son quotidien. Des photographies picturales imprégnées d’une technique qui vise à dépasser la simple retranscription de la réalité. À travers son travail, Paul explore le mouvement, le flou, les couleurs pour révéler toute la splendeur d’un regard innocent. Nous nous sommes retrouvés au café Smorgas, à quelques pas de son studio, où nous avons discuté de l’Eurythmie, de l’enfance, de la rébellion et de la joie. Rencontre avec Paul Rousteau, un photographe guidé par une vision naïve de la beauté.

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Lia : La première fois que nous avons été en contact, c’était sur Instagram, tu avais présenté un projet de livre autour de l’eurythmie !

Paul : C’est vrai, je vois !

Lia : L’eurythmie a influencé ton rapport aux mouvements, à l’espace, aux couleurs ?

Paul : Tout à fait oui. J’ai pratiqué l’eurythmie de mes 6 ans à mes 16 ans. Vers 12 ans je n’assumais plus vraiment, c’était le moment de l’adolescence. En vrai, c’est parce que ça me touchait, je savais très bien le faire mais je ne voulais pas terminer mes gestes. Mes relations avec la prof était tendues. Et il y a deux trois ans, je réalisais que mes photos de mode ressemblaient de plus en plus à l’eurythmie. J’ai essayer de comprendre tout ça avec mes yeux d’adultes. Du coup, j’ai rappelé ma prof, elle a mis les costumes traditionnels et on a fait les photos.

Lia : La rébellion face à l’eurythmie durant l’adolescence a sans doute favorisé ce regard que tu as aujourd’hui vis à vis de cette pratique ? La rébellion peut être saine et constructive.

Paul : Oui, sans doute. Pour moi, le côté imposé me faisait me poser des questions. Je me demandais pourquoi on faisait ça. Maintenant, je sais pourquoi. C’était pour mieux nous situer dans l’espace, pour se sentir bien dans nos corps. Même si, adolescent on ne se sentait pas bien dans nos corps.

Lia : C’est une manière de s’affirmer.

Paul : Oui, on avait l’impression de se mettre à nu devant les autres.

Lia : Les écoles Steiner sont rependues en Suisse ou en Allemagne alors qu’en France elles sont au mieux méconnues au pire classées « en dehors du système ».

Paul : Et encore plus il y a 20 ans. L’éducation nationale est très forte et quand ça sort du système ça semble bizarre. Maintenant, ça devient presque à la mode. On le voit avec Montessori.

Lia : Sortir des systèmes établis demande toujours du temps en France.

Paul : Quand j’avais commencé les études d’art, toute cette imagerie autour de Steiner me semblait désuet, quelque chose que je voulais rejeter. Je m’intéressais à l’art conceptuel mais ce n’était pas vraiment moi. Alors qu’aujourd’hui, je m’inspire consciemment de ce que j’ai appris en école Steiner et avec l’Eurythmie : Les couleurs, les choses naïves presque ésotériques. C’est de là que je viens, j’ai décidé d’être moi-même.

Lia : C’est intéressant. Ici, à l’inverse nous avons été éduqué du côté conceptuel, théorique pure et dure, et il me semble que c’est encore plus délicat de s’en détacher. Même si durant l’adolescence la rébellion permet de se libérer – différemment bien sûr.

Paul : Tout à fait. Après, moi je n’ai jamais trop intellectualisé les choses.

Lia : Et c’est sans doute ce qui rend ton regard aussi spontané et proche du regard d’un enfant. Tes photographies dévoilent une sensibilité, libre à chacun d’interpréter ou théoriser. Il y a eu cette tendance en photographie de ne montrer que des terrains vagues, des tas d’ordures, de la violence. J’ai l’impression qu’on en est revenu un peu.

Paul : Oui, il y a eu ce complexe comme quoi on ne peut pas faire du beau au premier degré. D’une certaine manière mon travail a été en réaction à ce pessimisme ambiant. Il y a dix ans, la scène parisienne était assez sombre. Moi, je photographie des fleurs, des couchés de soleil, des bébés, des oiseaux…

Lia : Quand on regarde tes photographies, la frontière entre la matière de la peinture et la photographie est minime. Tu travailles sur cette ambiguïté ?

Paul : C’est vraiment quelque chose que je cherche. Le discours entre la réalité et ce qui se cache derrière. Je dépasse les frontières. D’ailleurs, pour Hyères, j’ai fait un manifeste – même si je n’aime pas le mot – avec un livre qui présente des photographies-peintures. Une manière de présenter l’invisible et le sensible. Le projet s’appelle « Paul Rousteau fait des photos ». J’aime bien le côté premier degré dans le titre.

Lia : Ton exposition Eden à la galerie du Jour présentait quelques images de ta famille. Une sorte d’immersion dans ton intimité mais toujours avec forme de pudeur.

Paul : Tout à fait, des visions de joie, comme le titre le dit en anglais « Eden, visions of Joy ».

Lia : La notion de famille est centrale dans ton travail ?

Paul : Oui. Je pense qu’en tant que photographe, on présente d’une certaine manière ce qu’il y a de plus proche, ce qui nous entoure. J’ai fait en sorte que mon œuvre soit en rapport avec ma vie et avoir des enfants m’a changé la vie. Avant de les avoir, je faisais des photos cyniques à la Martin Parr. Quand je suis devenu père, je me suis dit « tu vas arrêter d’être cynique et intelligent. Tu vas juste être honnête, naïf ». Je m’inspire du regard des enfants, de leur étonnement perpétuel.

Lia : Est-ce que le fait d’avoir eu des enfants t’a replongé dans l’eurythmie ?

Paul : Sans doute oui, c’est revenu naturellement.

Lia : On pourrait dire que le mot clé de ton travail c’est la Joie !

Paul : Quand j’ai eu mes enfants, j’ai décidé de voir les bons côtés de la vie. D’ailleurs, mon fils tous les matins chante « Bright side of life » ! (rires)

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